Hirondelle quitte le Doubs

Le premier défi auquel nous faisions face était de taille : comment amener une goélette de 12 tonnes des reliefs rudes et escarpés du Doubs à la côte finistérienne ?


La réponse semblait toute trouvée : en passant par les canaux, bien sûr ! Alors sans plus attendre, nous avons acheté la carte fluviale, passé des heures sur le site des Voies Navigables de France (ou VNF), trouvé notre chemin… Les 193 écluses ne nous faisaient pas peur. Nous nous imaginions déjà passer Paris avec Hirondelle.


Mais l’année 2018, bien partie pour prendre la première place au classement de l’année la plus chaude jamais enregistrée, entre canicule et été indien, a vidé le Doubs de son eau. La hauteur d’eau des canaux est réduite, comme le sont le nombre de passages autorisés. Il nous faut se rendre à l’évidence : nos 1,70 mètres de tirant d’eau ne nous permettront pas de passer par les canaux, en tout cas pas avant un épisode pluvieux digne de ce nom. Soit. Mais, même si les niveaux d’eaux revenaient à la normale, nous n’aurions que 10 cm d'eau sous la quille - de quoi nous inquiéter durant tout le voyage.


Le grutage et transport par la route se présentent à nous comme la seule solution possible. Nous re-ouvrons nos ordinateurs et relançons les recherches, cette fois pour trouver transporteur et gruteur de qualité (et toujours au meilleur prix... petite bourse oblige). Fort heureusement, bien entourés et encore mieux conseillés, nous trouvons rapidement notre bonheur. Mediaco, la société de transport et grutage voisine de KVK, transportera Hirondelle de Deluz à Brest, et Franche Comté Levage assurera le grutage des mâts et du bateau pour les poser sur la remorque.


Rapatriement des mâts


Grutage des mâts

Dès 8 heures l'action commence. Je suis déjà en poste à Fourbanne, où se trouvent les mâts ; Aurélien et Jo restent sur Hirondelle pour accueillir la grue de 220 tonnes qui sortira Hirondelle de l'eau. Mais avant, il faut rapporter les mâts à Deluz, parce que le convoi exceptionnel en catégorie 2 ne pourra pas passer par les petites routes qui mènent au village de Fourbanne. Du côté des mâts, tout se passe vite et bien. La journée commence du bon pied avec déjà une inquiétude de moins.










Sortie de l'eau


Début de la sortie de l'eau

On ne va pas se mentir, un grutage, c'est un moment de stress insoutenable. Et ce premier grutage sur le Doubs - connu pour être bien loin de la mer et des voiliers - ne fait pas exception. C'est un évènement tellement extraordinaire que la moitié du village, une journaliste de l'Est Républicain et un caméraman de France 3 Besançon avaient tous répondu présent pour le spectacle. Il paraîtrait même que tout le village serait venu si on avait été en weekend... Appareil photo braqué sur Hirondelle pour immortaliser le moment, je n'ai pas pensé à photographier la foule donc vous n'avez d'autre choix que de me croire sur parole.


A l'arrivée du camion se présente le premier contretemps de la journée : les suspensions hydrauliques de la semi-remorque sont en panne. En l’état, le camion ne pourra pas ramener Hirondelle à Brest, ni même quitter Deluz. Vite rassurés par le chauffeur, Lucien, nous verrons rapidement arriver le réparateur qui prendra les choses en main. Heureusement, cela ne retarde en rien le grutage.


La grue arrive et se met rapidement en place au bord du canal du Doubs. Aurélien et Jo, aidés par Claude, du chantier nautique de Deluz, son adjoint et toute son équipe, rapprochent Hirondelle de la grue puis mettent agilement en place les sangles. Après quelques vérifications le levage peut commencer.



Le spectacle est de taille. Hirondelle commence son interminable ascension vers les cieux, toujours plus loin, toujours plus haut. La tension est palpable, le stress atteint son paroxysme, et la foule retient son souffle. Nous, en tout cas, retenons le notre, admirant pour la première fois la coque d'Hirondelle hors de l'eau, ses lignes flattées par le soleil d'automne.


En réalité, Hirondelle passe seulement quelques minutes en l’air, mais chaque seconde nous a semblé une éternité. Une fois posée sur la remorque, il faut plusieurs heures pour sangler le bateau et le préparer pour la route.

Le soir même, Lucien nous informe que le camion est réparé et prêt à regagner Brest. En deux jours, le convoi arrive au port du Moulin Blanc sans la moindre égratignure. Hirondelle aura volé à 80 km/h - les Imocas n'ont qu'à bien se tenir !


Installation à Brest


Au pays des marins et des voiliers, on pensait - peut-être naïvement - que ce second grutage serait une partie de plaisir après l'aventure doubienne. Que nenni ! Oui, ici les grutiers ont l'habitude des voiliers. Oui, ici tout le monde connaît les difficultés. Oui, ici on ne fait que passer du camion à une place à terre. Et oui, tout le monde connaît tellement bien que le grutage se fait en deux temps, trois mouvements... Ce qui n'a pas aidé à nous rassurer.



Comme vous avez pu le constater, le grutage d'un voilier est une action assez technique. Ou plutôt, le placement des sangles est technique. Mal placées, elles peuvent glisser, et laisser le voilier aux mains de notre amie la gravité, au grand dam de son malheureux propriétaire. Alors forcément, en voyant Hirondelle s'élever dans les airs toute de travers, nous ne faisions pas les fiers.


Mais les sangles ne glissent pas, tout le monde sait ce qu'il doit faire et quand il doit le faire, et Hirondelle est délicatement posée à sa place réservée. C’est l’heure pour Aurélien de se remettre au travail, et pour moi de profiter d’une dernière journée de libre en passant le nettoyer haute pression sur la coque.


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